Mission dans l'éspace - La gestion du risque

Mission dans l'éspace - La gestion du risque 11 juillet 2017

Au cours de sa prochaine mission spatiale à l'ISS, au départ le 28 Juillet, nous souhaitons bonne chance à Paolo Nespoli, auteur d'un article publié dans le cahier #9 Weconomy.

Mission dans l'éspace - La gestion du risque

Baikonur, 20 novembre 2015

Mission dans l'espace : de l'organisation de l'équipage à la préparation de la gestion du risque.

« La structure de la Station Spatiale Internationale (International Space Station, ISS) n'est pas une structure militaire. Avant la mission, un commandant est désigné ; les autres astronautes sont ingénieurs de bord. Le commandant est responsable de trois problèmes particuliers : en cas de feu dans la Station, de fuite d'oxygène et de contamination de l'air, à l'ammoniaque
par exemple, qui rendrait l'air irrespirable. Face à ces situations d'urgence, il « prend le commandement » et intervient.

En situation normale, l'accent est mis sur le travail que l'astronaute réalise et sur les ressources dont il a besoin. Si l'astronaute doit actionner le bras mécanique, tous les autres sont concentrés sur cette activité, prêts à collaborer. L'ISS est gérée de manière démocratique.
Les activités menées sur la Station spatiale sont gérées depuis la Terre par le Flight Director (le directeur de vol). C'est lui qui décide.

Le centre de référence et de commandement est le centre de Houston, où sont définies les priorités, les ressources, etc. Presque toujours, à bord de l'ISS, les astronautes réalisent la plupart du temps des tâches individuelles ; on ne travaille donc pas tout le temps en équipe. Le rôle d'un astronaute dépend de l'importance du travail qu'il est en train de réaliser. Et si l'astronaute le plus jeune est chargé d'actionner le bras mécanique, les autres sont « à son service ».

Il y a très peu de conflits personnels à bord de la station spatiale parce que tous les membres de l'équipage sont conscients d'exercer une activité très particulière, un travail important pour la société et pour l'humanité. Tous les astronautes travaillent dans le but d'obtenir le meilleur résultat possible. Nous sommes aussi entraînés et formés sur cet aspect des choses. Avant une mission, on réalise à Terre des tests de vie en commun avec l'équipage, dans les régions extrêmes de la planète, en situation d'isolement total, afin de reproduire des conditions similaires à celles que l'on trouve dans l'espace.
Un élément important pour réduire les conflits personnels, c'est le dialogue. Dans l'espace, il est obligatoire de se parler tout de suite lorsque quelque chose ne va pas. On n'attend pas que la tension monte et qu'elle devienne si forte que l'on perd patience. Si le dialogue est immédiat, on évite les conflits ».

Quels sont les cinq éléments essentiels à garder absolument sous contrôle ?
1. En premier lieu, ne jamais paniquer, c'est-à-dire parvenir à prendre de la distance par rapport à une situation inattendue.
2. Deuxièmement, être toujours préparé : avant d'être confronté à un imprévu, il convient d'analyser de manière approfondie ce qui risque de se produire et ce qui pourrait s'avérer utile dans ce cas. Quand on est en voiture par exemple, on doit être conscient du risque de crevaison, et préparé à y faire face. Dans un cas de ce type, il convient de savoir changer une roue et d'avoir les instruments nécessaires pour affronter la situation. Autrement dit, il est nécessaire de disposer d'un solide bagage de connaissances pour aller dans l'espace.
3. Troisièmement, il faut savoir gérer les ressources disponibles de manière efficace. La NASA par exemple, organise sur chaque aspect d'une mission des réunions pouvant rassembler jusqu'à cent participants qui ont tous la possibilité et la capacité de proposer des solutions, quels que soient leur rôle ou leur grade.
4. Quatrièmement, en cas d'imprévu, il faut être prêt à accepter un risque supérieur. Au cours de la première mission de la navette spatiale américaine, un panneau solaire s'est cassé. Pour le réparer, il a fallu planifier une sortie dans l'espace qui n'était pas prévue. Dans ce cas par exemple, la NASA et l'équipage ont accepté un risque supérieur à ce qui était prévu mais qui permettait de résoudre le problème. Et c'est ce qui s'est passé. Dans certaines situations, il convient donc d'accepter consciemment un risque plus important pour pouvoir résoudre un problème. C'est dans ces moments que l'entraînement psychologique intensif que nous suivons au cours de la préparation des missions dans l'espace entre en jeu.
5. Enfin, il faut savoir mobiliser les ressources de l'équipe. Tous ses membres doivent travailler de manière efficace et efficiente, pour atteindre les objectifs fixés ».

« En tant qu'astronautes, nous sommes techniquement entraînés à tout, mais la première fois, nous ne sommes pas conscients de la manière dont nous vivrons cette expérience dans un milieu extrême comme celui de la microgravité. Quand on arrive dans l'espace, il faut tout ré-apprendre : à manger, à marcher en volant, à aller aux toilettes, car tout est extrêmement
différent de ce à quoi l'on est habitué sur la Terre. Il faut un mois, un mois et demi, pour s'adapter et devenir « extraterrestre ».

Les agences spatiales sont conscientes du fait qu'elles envoient les astronautes dans des lieux hostiles. C'est pour cette raison qu'avant toute chose, on réalise une analyse extrêmement détaillée des situations susceptibles de se produire, afin de disposer d'une évaluation vraiment fine des risques. Au cours de l'entraînement en effet, tous les aspects d'une mission sont analysés et l'astronaute est préparé à résoudre tous les problèmes qu'il devra affronter ».

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